L'Apologie du théâtre

Scudery

Fort bel exemplaire de cette importante originale de Georges de Scudéry sur le théâtre français et sa place dans la société du XVIIe siècle

In-4 de (4) ff., 99 pp., (1) p.
Maroquin rouge, large dentelle dorée composée de fers en ostensoir encadrant les plats,
large motif doré au centre, dos lisse orné, coupes décorées, roulette intérieure dorée tranches
dorées. Reliure de l’époque.
220 x 165 mm.

Scudery. L'Apologie du théâtre.

Paris, Augustin Courbet, 1639.

Édition originale de ce livre important pour l'étude du théâtre et sa place dans la société du XVIIe siècle. 

Brunet, V, 250 ; Graesse, VI, 336 ; R. Arbour, L’ère baroque, I, 16 957 ; Catalogue Soleinne, n°37.

« C’est un beau morceau d’éloquence que l’auteur consacre à la gloire de la poésie théâtrale, à la défense de ceux qui composent les poèmes dramatiques et à la justification de tant d’illustres personnes qui chérissent ces travaux et qui se plaisent au théâtre » (Catalogue Soleinne).

Dans son article « Racine et Scudéry, ou la mémoire d'Eschyle », paru dans Prémices et Floraisons de l'Âge classique (1955, p. 419) Jean Dubu juge que L'Apologie du théâtre de Scudéry était non seulement destiné à promouvoir l'activité dramaturgique et les représentations théâtrales, émanant du cercle de Richelieu, proviseur de Sorbonne et premier ministre, mais une réfutation minutieuse des thèses soutenues par le pasteur André Rivet, et qui ne tendaient à rien moins qu'à l'interdiction pure et simple de toute activité dramatique, composition, création représentation.

Cet exercice double, préparait de toute évidence la Déclaration royale de 1641 qui allait réaffirmer la légitimité du théâtre et la parfaite honorabilité des acteurs et des auteurs, dans la droite ligne de l'enseignement de saint Thomas d'Aquin.

Georges de Scudéry fréquente très vite les milieux littéraires et mondains, devient un habitué des cercles galants, en particulier du salon de Mme de Rambouillet où il peut côtoyer Condé, mais aussi Ménage, Chapelain, Mairet, Corneille, Scarron, Godeau. Il est de toutes les querelles littéraires et devient une figure du monde des lettres. S’il écrit quelques poèmes, il se consacre surtout au théâtre : de 1629 à 1642, il compose seize pièces qui s’imposent au cours des années 1630 et qui affichent à partir de 1635 un respect des règles dont il se départira pourtant par la suite. C’est un homme qui cherche à s’adapter aux modes. Il joue en effet un rôle de premier plan dans la querelle du Cid et se fait le champion de la nouvelle esthétique théâtrale avec ses Observations (1637). Son intervention est d’importance : elle permet d’élever un débat qui avait tendance à s’embourber dans des attaques personnelles et à se limiter à l’échange de mots crus. Ainsi, reprenant les idées des théoriciens de l’époque, il expose l’essentiel de ce qui sera la doctrine classique et oblige Corneille à le suivre sur ce terrain. Il acquiert alors un statut particulier et s’impose comme un dramaturge qui sait se hisser jusqu’à la théorie : il devient une « autorité » avec laquelle il faut compter.

C’est au cours de la décade 1620-1630 que se produit l’évolution qui aboutit à donner le goût du théâtre à la bonne société, même si la salle de spectacle est encore considérée comme un lieu peu fréquentable. Alors s’amorce le mouvement qui, en quelques années, va faire de l’art dramatique le divertissement privilégié d’un groupe social à peu près homogène.

En 1629-1630 Mairet dote la scène française de sa première œuvre « régulière », la Silvanire ; de son côté, Chapelain définit les positions d’un théoricien favorable au strict respect des unités.

Pour Scudéry, assigner comme fin à la comédie de donner du plaisir au peuple « c’est mettre le poète au même rang que les saltimbanques et les violons ».

« Trois grands moments, dans cette querelle de la moralité du Théâtre en France qui traverse le siècle. Le premier, en 1639, est marqué par une attaque du ministre André Rivet, à laquelle répond Georges de Scudéry, dans une Apologie du théâtre.

Le deuxième grand moment de la querelle concerne la décennie 1660-1670 et touche à la fois Corneille, Racine et Molière. Parmi les amateurs, partisans et défenseurs du théâtre, il faut compter l’abbé d’Aubignac, l’abbé de Pure, Samuel Chappuzeau, sans oublier Richelieu, Mazarin ou encore Louis XIV.

Parmi les adversaires du théâtre, on citera : Antoine Singlin, Varet, Senault, Mgr Bosquet, Barbier d’Aucour, Conti, Nicole, l’abbé de Voisin ou encore l’oratorien Jean Soanen.

Le troisième a lieu dans les dernières années du siècle et prend prétexte de la lettre de Francesco Caffaro, publiée en tête d’un volume d’œuvres de Boursault. Cette Lettre d’un théologien présente une analyse favorable au théâtre et suscite les réfutations de Bossuet, de Henri Lelevel, de Charles de La Grange, de Jean Gerbais, de Laurent Pégurier, de Pierre Le Brun et de Pierre Coustel. » (Isabelle Moreau).

Remarquable exemplaire conservé dans sa belle reliure en maroquin finement décoré de l’époque.

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