Obermann

Senancour, Étienne Pivert de
Prix : 15 000 €

Exemplaire de l'auteur sur papier de Chine.

1833.

2 tomes en un volume grand in-8. 2 ff., XVI pp., 408 pp. (2) ff., 379 pp.: demi-chevrette prune à coins, dos à quatre faux nerfs richement orné or et à froid, roulette à froid sur les mors et fleurons à froid sur les coins, entièrement non rogné, premier plat de la couverture muette de papier rose conservé.

Reliure de l'époque.

216 x 170 mm.

SENANCOUR, Étienne Pivert de. Obermann. Deuxième édition. Avec une préface de Sainte-Beuve. Paris, Librairie d’Abel Ledoux, 1833.

Deuxième édition, en partie originale.

Édition originale de la préface de Sainte-Beuve.

Un des deux ou trois exemplaires tirés sur papier de Chine.

Un des bréviaires du romantisme.

L'édition originale de ce roman d'initiation par lettres, parue en 1804, était passée inaperçue.

Dans sa préface à cette deuxième édition, Sainte-Beuve relève pourtant les similitudes d'Obermann avec le René de Chateaubriand, tous deux parus sous le Consulat, dans la peinture du "mal du siècle". L'édition fit date : elle marqua la redécouverte de Senancour par la génération romantique.

Sept ans plus tard (1840), George Sand préfaça l'ouvrage et Liszt lui consacra deux pièces des Années de pèlerinage. Balzac et Delacroix ne furent pas moins enthousiastes, le premier faisant déclarer à l'un des protagonistes d'Un grand homme de province à Paris, qu'Obermann est « un magnifique livre, le pianto de l'incrédulité. »

Baignant dans cette atmosphère de mélancolie et d'effusion sentimentale qui provient en partie de l'influence de Rousseau, l'œuvre a un accent qui l'apparente à l'Atala et à René de Chateaubriand. Par sa matière même, faite de descriptions de la nature, de songeries nostalgiques et douloureuses devant la réalité, elle tient davantage du journal intime que du roman, si mince en est la trame constituée de confessions et de regrets liés beaucoup plus aux états d'âme du héros qu'à des événements. Il s'agit d'un jeune homme qui ne sait ce qu'il est, ni ce qu'il aime, qui gémit sans cause, désire sans objet et ne voit rien si ce n’est qu'il n'est pas à sa place et qu'il se traîne, en somme dans le vide et dans un désordre infini d'ennui. L'écrivain affirme lui-même que la substance de son œuvre réside tout entière dans ces tableaux de la nature empreints de tristesse, dans ces épanchements sentimentaux et ces déclarations d'amour pour ses semblables, faites au moment même où il les fuit pour rêver à une humanité meilleure. La vie errante et solitaire de Senancour, qui vécut longtemps en Suisse en particulier à Fribourg pour rentrer en France à l'époque du Directoire authentifie ces confessions qui s’apparentent bien plus à ses Rêveries sur la nature primitive de l'homme qu’elles ne se prêtent aux exigences constructives du roman. En disciple de Rousseau et de Bernardin de Saint-Pierre, il se plaît surtout à confier le désir de paix et d'anéantissement que suscite en lui la vue des bergers errant dans les solitudes alpestres et les vastes paysages devant lesquels l'âme peut s'abandonner à ses songes. La société, redoutée comme un mal et un appauvrissement de ce sentiment du divin que chacun porte au fond du cœur, devra, dans l'avenir, se purifier et tendre vers un bonheur plus haut. Ce n'est qu'ainsi que les hommes seront vraiment meilleurs.

Précieux exemplaire de l'auteur, avec exdono manuscrit de l’éditeur sur le premier plat de couverture : « Offert à monsieur Desenancour par Abel Ledoux. »

Superbe exemplaire relié à l'époque pour Senancour à toutes marges. Rares piqures marginales.