Les Œuvres de Théophile
Le plus bel exemplaire répertorié relié en maroquin d’époque à la Duseuil de l’édition préférée des Œuvres de Theophile de Viau (1590-1626) par les amateurs du XIXè siècle (voir Brunet).
Des bibliothèques Aimé-Martin (1782-1847), conservateur de la bibliothèque Sainte Geneviève, avec note autographe ; Charles Nodier (1844, n°466), Franchetti avec ex-libris, Alfred Lindeboom avec ex-libris.
Petit in-12 de 239 pp., 250 pp.
Maroquin rouge, encadrements de filets à la Duseuil sur les plats, avec fleurons aux deux oiseaux, dos à nerfs richement orné, coupes décorées, roulette intérieure dorée, tranches dorées. Reliure parisienne de l’époque.
138 x 76mm.
Théophile de Viau. Les Œuvres De Théophile, divisées en trois parties : première partie, contenant l’immortalité de l’Ame, avec plusieurs autres pièces ; La seconde, la tragédie de Pirame et Tisbé, et autres meslanges ; et la troisième, les pièces qu’il a faites pendant sa prison, dediées aux beaux esprits de ce temps.
Paris, Nicolas Pepingué, 1662.
Superbe exemplaire Charles Nodier de l’édition préférée des bibliophiles au XIXe siècle tel que cela ressort des commentaires de Brunet.
« Jusqu’ici on avait placé plus particulièrement dans les bibliothèques les éditions de Paris, Ant. de Sommaville, 1661, 2 tomes en 1 volume petit in-12 de 266 et 282 pp ; ou de Paris, Nic. Pepingué, 1662, 2 tomes en 1 volume petit in-12 de 239 et 250 pp, dont on a quelquefois payé de 30 à 40 fr. des exemplaires reliés en maroquin ; mais l’édition de 1856, dont nous allons parler, tiendra désormais la première place » (Brunet, V, col 795). D’après les relevés d’enchères mentionnés par Brunet, cette édition de 1662 atteignait les plus hauts prix.
La place de Théophile est essentielle dans la littérature française. Selon Ant. Adam, il a « renouvelé la poésie française », il est « le premier en date de nos grands prosateurs classiques ». Vivant dans le milieu libertin, il s’est heurté aux Jésuites qui ont déployé tous leurs efforts pour le faire condamner. Sa paraphrase du Phedon sous le titre de « Traicté de l’immortalité de l’âme », l’a fait classer parmi les suiveurs de Giordano Bruno et de Vanini et la hardiesse de ses vers licencieux ont noirci le tableau qu’ils ont fait de lui. « Il ne connut les flammes que sous la forme d’un homme de paille vêtu d’un pourpoint de satin, il fut néanmoins condamné, et ses amis reçurent la double leçon, de son péril d’abord, et de son angoisse… » (R. Pintard).
Théophile de Viau est mort à 36 ans, plus usé, écrit Henri Mondor, par les persécuteurs que par son libertinage. Assuré par contre, aux dires des meilleurs esprits de son temps, de l’immortalité littéraire… (il) a été un des grands poètes lyriques français. La brève beauté des femmes, leur souriante trahison, leur vieillesse décrépite… l’ont particulièrement inspiré… les grâces de son ton naturel annonçaient La Fontaine ; sa bravoure et sa liberté avaient continué Villon. Mallarmé… accordait, à Théophile de Viau, une place si importante qu’elle se trouve honorer l’un et l’autre.
Un premier exil avait mené le poète aux Pays-Bas, avec Guez de Balzac. Selon Henri Mondor, une brouille, peut-être par quelques points comparable à celle de Verlaine et de Rimbaud, les sépara. Rentré en France, pensionné par Louis xiii, Théophile de Viau devait de nouveau fuir en Angleterre où le duc de Buckingham l’accueillait ; revenu en 1621, il abjurait le protestantisme et
se mêlait aux poètes des cabarets de l’île Saint Louis ; accusé d’être l’auteur de poèmes scandaleux, il fut arrêté et incarcéré dans le propre cachot de Ravaillac. Au terme d’un long procès, il bénéficia de la protection du roi et ne fut exécuté qu’en effigie.
Maintes fois rééditées, ses « œuvres poétiques » connaîtront au XVIIe siècle un succès tel que la gloire de Malherbe même en pâlira. Symbole d’un temps mal assuré, fort de ses hésitations, qui prépare l’avènement de l’ordre classique, mais n’y a encore rien sacrifié, l’art de Théophile a les vertus et les limites de sa préciosité. « L’univers borne ses horizons, consent à plus de « matin » oude « Solitude ». L’auteur de l’ « Elégie à une dame » manque de peu le secret de Jean de la Fontaine ; celui d’une paresse qui est disponibilité, d’une flânerie qui est docilité aux dieux. Il arrive aussi qu’un songe, un pressentiment fissurent telle ode, en lézardant le surnaturel de convention (ainsi le rêve prophétique de la « Maison de Sylvie »). Le meilleur Théophile est-il dans la prose dépouillée des lettres, de l’ «Apologie au roi », de la nouvelle latine « Larissa », des « Fragments d’une histoire comique », ou bien dans le lyrisme flamboyant de ses tragédies, « Pasiphaé » et « Pyrame » et « Thisbé » ? Plus musical que Racan, plus robuste que Tristan, l’oiseau Théophile traverse plus heureusement les siècles qu’il n’a fait son temps. » Antoine Duminaret.
Sa poésie enchantera Mallarmé.
Renouvelant profondément la poésie baroque par le naturel de son lyrisme et la vivacité de son imagination le poète substitue à l’inspiration religieuse l’exaltation de la nature en témoignant d’un naturalisme épicurien de tendance nettement matérialiste.
Avec une sensibilité très affirmée Théophile chante la solitude, la passion amoureuse et la beauté de la nature.
Magnifique exemplaireLouis-Aimé Martin avec note autographe (La bibliothèque de M. Aimé Martin, résultat de plus de vingt ans de recherches assidues, est une collection de livres exceptionnels, de raretés ou curiosités bibliographiques que l’argent seul n’aurait pu fonder, si le temps et le savoir ne s’y étaient joints) ; Charles Nodier avec ex-libris (Catalogue de la bibliothèque Charles Nodier, Paris, 1844, n°466) ; Franchetti avec ex-libris ; Alfred Lindeboom avec ex-libris.
Le seul répertorié en maroquin d’époque orné d’un décor à la Duseuilaprès dépouillement des bibliographies.





