Lettres philosophiques

Voltaire
Amsterdam, E. Lucas, au Livre d’or, 1734.

Fameuse édition des Lettres philosophiques de Voltaire, « l’un des grands textes des Lumières ».

Condamnée par le Parlement, saisie début mai par la police royale, brûlée par la main du bourreau, cette édition motiva la lettre de cachet contre Voltaire.

Précieux exemplaire conservé dans sa reliure armoriée de l’époque.

In-12 de (2) ff., 324 pp. (mal chif. 354).
Veau fauve, armoiries frappées or au centre des plats, dos à nerfs orné de rosaces dorées, filet or sur les coupes, tranches rouges, déchirure sans manque à un f., pte. restauration ancienne aux charnières. Reliure de l'époque.

158 x 95 mm.

Voltaire. Lettres philosophiques par M. de Voltaire.
Amsterdam, E. Lucas, au Livre d’or, 1734.

Première édition définitive, en partie originale du premier texte philosophique de Voltaire « qui porte en germe toutes les idées du patriarche de Ferney » (Cat. Voltaire BN, 1979, p. 17) et ce style nouveau qui allait faire son succès.
Bengesco, II, 1558 ; Barbier, II, 1284 ; Bulletin Morgand et Fatout, 1159.

« C'est l'œuvre des 40 ans, terme d'une maturation profonde qui pour la première fois s'ouvrait aux ambitions de la Philosophie » (Inventaire Voltaire p. 836).

Fameuse édition des Lettres philosophiques de Voltaire, « l’un des grands textes des Lumières », condamnée par le Parlement, saisie début mai par la police royale, brûlée par la main du bourreau, celle-là même qui motiva la lettre de cachet contre Voltaire ; portant la même adresse fictive que l’originale, elle fut copiée en une nuit par les frères Josse et publiée quelques jours plus tard.

Il contient déjà « tout le Voltaire des années à venir » (Vercruysse, Cat. Voltaire, Bruxelles, 1978).

« Sous couvert de remarques sur l'Angleterre, Voltaire critiquait toutes les institutions de la France de Louis xv. Avec lui la philosophie prenait un ton nouveau plus franc et en même temps plus alerte, partant plus incisif et accessible à un public qui découvrait les charmes de la prose voltairienne » (ibid.)

Selon le catalogue de l’exposition Voltaire (BnF, 1979, n°55), cette édition fut saisie début mai, motiva la lettre de cachet contre voltaire et fut brûlée de la main du bourreau.

« The American interest is found in the fourth letter which relates to William Penn and the Quakers in Pennsylvania” (Sabin.

Voltaire avait été exilé à Londres de 1726 à 1729. C'est au cours de ce séjour, pendant lequel il reçut un accueil empressé non seulement de l'aristocratie et des hommes de lettres, mais du monde des philosophes et des savants, que Voltaire accumula les arguments dont il devait plus tard se servir dans sa lutte contre l'intolérance, l'obscurantisme et le pouvoir absolu. Il avait maintenant un terme de comparaison et possédait une base solide pour sa polémique. C'est la liberté qui fut sa véritable découverte, liberté politique sans doute, mais plus encore liberté de pensée. Voltaire fut extrêmement frappé par le développement scientifique auquel il n'avait pas prêté encore grande attention jusqu'alors il s'enthousiasma pour toutes les nouveautés de la science, de l'inoculation à la physique de Newton, des recherches expérimentales à l'empirisme philosophique, qui lui donna le point de départ pour ses attaques contre la philosophie cartésienne.

Ce sont les conclusions de ses expériences et de ses observations qu'il réunit dans les Vingt-quatre lettres anglaises ou Lettres philosophiques.

Les quatre premières lettres sont consacrées aux us et coutumes des Quakers. La lettre vii est consacrée au Parlement anglais. Voltaire s'y montre, avant Montesquieu, l'admirateur sans restriction du régime constitutionnel. Les deux lettres suivantes (ix et x) sont un éloge de la politique libérale de l'Angleterre et, par suite, implicitement, une critique de la politique française.

Ceci est particulièrement net dans la lettre x, Sur le commerce, qui est l'apologie des méthodes commerciales anglaises. La lettre xxv est demeurée célèbre, elle fut d'ailleurs également publiée à part sous le titre de Remarques sur les Pensées de Pascal. Voltaire s'y élève contre la prétention de Pascal de prouver par la métaphysique la religion chrétienne. Il déclare prendre le « parti de l'humanité contre ce misanthrope sublime ». En fait, au-delà de Pascal, c'est déjà la religion chrétienne dans son essence qu'il s'attaque.

Les Lettres philosophiques sont le premier ouvrage polémique de Voltaire. On y trouve en germe toutes les idées qui constitueront, petit à petit, la philosophie voltairienne et qui feront de lui le maître à penser de toute une époque. Ces idées, il sait déjà les exposer dans ce style mordant, ironique, éloquent qui fera le succès de ses contes et de ses pamphlets.

Cette apologie de la tolérance et de l’Angleterre sous toutes ses faces, Parlement, gouvernement, Quakers, commerce, philosophes et savants… fut condamnée par le Parlement français, saisie et brûlée tandis que Voltaire prenait la fuite pour échapper à une nouvelle lettre de cachet.

Bel et précieux exemplaire relié à l’époque pour Louis-Hyacinthe Boyer de Crémilles (1700-1768) ministre de la guerre en 1758.

Provenance : bibliothèques Louis-Hyacinthe Boyer de Crémilles (Olivier, 2147), D.Sickles, Anatole France et Carlo de Poortere, avec ex-libris.

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