Les Œuvres
Le célèbre exemplaire de Madame Adélaïde (1733-1799) fille du roi Louis XV, provenant du château de Versailles de la première édition complète française des Œuvres de Shakespeare imprimée entre 1776 et 1782.
L’un des plus beaux livres royaux décrit par Ernest-Quentin Bauchart aux armes de Madame Adélaïde, passé ensuite dans la bibliothèque du Vicomte Jacques de Rougé, arrière-petit-fils de Madame de Riants.
20 volumes in-4, maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats ornés aux armes dorées de Madame Adélaïde, larges fleurons dorés aux angles, dos à nerfs ornés, pièces de titre et de tomaison en maroquin, double filet or sur les coupes, roulette intérieure dorée, tranches dorées.
Reliure armoriée de l’époque.
254 x 192 mm.
Shakespeare, William. Les Œuvres, traduit de l’anglaos par Le Tourneur, dédié au roi Louis XVI.
Paris, Veuve Duchesne, Musier fils, Nyon, Lacombe, Ruault, Le Jay, Clousier, 1776-1782.
Première édition complète française des Œuvres de Shakespeare dédiées au roi Louis XVI faite par Le Tourneur, le Comte de Catuelan et Fontaine-Malherbe.
Letourneur obtint un grand succès dans le genre de la traduction auquel il se voua. Il est le premier à avoir fait connaître aux Français Shakespeare, dont il traduisit le théâtre complet de 1776 à 1783.
Sa traduction demeura une version de référence jusqu'au milieu du XIXe siècle.
Précédée d’une Vie de Shakespeare et d’un extrait des préfaces anglaises, elle contient l’ensemble des œuvres du grand dramaturge anglais.
Une liste des souscripteurs placée au début du 1er volume regroupe ceux-ci par ordre alphabétique, à la suite de la Famille royale de France, du roi d’Angleterre et de l’Impératrice de Russie.
Seuls 13 exemplaires royaux de l’édition originale furent alors imprimés de 1776 à 1782 tel que cela ressort de la souscription royale.
Précieux exemplaire imprimé sur grand papier, cité et décrit par Ernest-Quentin Bauchart « Les Femmes bibliophiles de France, Paris, 1886, Tome Second, p. 139, n° 52 » et l’un des livres les plus intéressants de la bibliothèque de Madame Adélaïde située au château de Versailles.
Ernest Quentin Bauchart mentionne que cet exemplaire royal passe dans la bibliothèque du Vicomte Jacques de Rougé avec ex-libris, arrière-petit- fils de Madame de Riants.
Madame Adélaïde est la seule des trois princesses qui ait marqué sa place parmi les véritables bibliophiles.
Leurs livres sortaient des mains des mêmes relieurs, Fournier, qui tenait boutique à Versailles, dans le vestibule du château, et suivait la cour dans ses déplacements, et Vente, à la fois libraire et relieur. Ces volumes ne différaient que par la couleur du maroquin ; Madame Adélaïde avait adopté le rouge, Madame Victoire le vert, et Madame Sophie le citron. Calquées en quelque sorte l'une sur l'autre, ces trois collections ne contenaient que des ouvrages d'un goût sévère et conforme aux habitudes de recueillement et de dévotion que les princesses avaient conservées de leur éducation religieuse.
Madame Adélaïde avait été, dit-on, un instant fort jolie ; mais jamais beauté n'avait disparu aussi rapidement que la sienne. D'un orgueil sans limites, elle s'était créé un intérieur qui dépassait en richesse tout ce que le château de Versailles pouvait offrir de plus luxueux, et s'y tenait enfermée dans les froideurs de l'étiquette et dans le culte du rang où la Providence l'avait placée.
D'un esprit très vif, elle eut un désir immodéré d'apprendre, sut l'anglais, l'italien, les hautes mathématiques et joua de tous les instruments de musique depuis le cor !! jusqu'à la guimbarde. Madame Campan, qui nous donne ces détails, ajoute que le tour et l'horlogerie occupèrent en même temps ses loisirs. Quand l'orage de la révolution commença à gronder, elle n'eut qu'une préoccupation, se mettre à l'abri, et fut une des premières à sortir de France.
« Le salon de Madame Adélaïde est l'une des salles les plus richement décorées des petits appartements. Tout est sculpté et doré, et d'un goût exquis, cheminée, lambris, portes, volets, cadres de glaces, voussures du plafond, et il est bien regrettable de ne pas connaître avec certitude le nom du grand artiste à qui l'on doit ce chef-d’œuvre. On peut cependant, sans risquer, trop de se tromper, l'attribuer à Verberckt. Les motifs des sculptures des lambris sont des instruments de musique, ce qui permet de croire que c'était le salon de musique de Madame Adélaïde, qui se plaisait à jouer du violoncelle » (Dussieux, Histoire du Château de Versailles).
Les livres rares, et les belles reliures y abondent ; la bibliothèque de Versailles en a recueilli le plus grand nombre, et montre avec orgueil les Vies des Saints des déserts.
D’autres volumes, remarquables à divers titres, sont répandus dans les collections particulières.
Nous en avons fait un choix qui suffira pour donner une idée du goût éclairé et délicat de la fille aînée de Louis XV.
Dans cette sélection figure sous le n° 52 cet extraordinaire exemplaire royal de l’édition originale française des Œuvres de Shakespeare.
