Heures à l'usage de Tours
Manuscrit enluminé d’un intérêt iconographique exceptionnel, richement enluminé grâce aux talents conjoints du « Maître du Cardinal de Bourbon » et du « Maître des prélats bourguignons » orné de 33 peintures dont 15 grandes, conservé dans son exquise reliure parisienne en maroquin finement orné aux petits fers du XVIIe siècle.
97 feuillets sur peau de vélin, de 27 lignes à la page, réglé, espace réglé : 75 x 46 mm.
Contenu: Calendrier ff.1-6v ; Extraits d'évangile ff.7-10 ; prière à la Vierge, Obsecro te , au masculin, et O intemerata ff.10v-15; Office de la Vierge, usage de Tours, avec Heures de la Croix et du Saint-Esprit mêlées ff.16-54v : matines f.16, laudes f.23, Heures du Saint-Esprit f.30, prime f.31, Heures de la Croix f.34v, tierce 35v, sexte f.39 ; aucun f.42v ; vêpres 45, complies 51v ; blanc f.55 ; Sept Psaumes pénitentiels et Litanies ff.56-65 ; Office des Morts, usage de Tours, ff.65v-85 ; prière à Jésus ff.85-86v; les suffrages, y compris la prière à son ange gardien, ff.86v-95v (f.88 un feuillet inséré) ; prière à la Toussaint f.96-97.
Maroquin rouge, plats entièrement ornés aux petits fers dorés, d’une large dentelle et de grands écoinçons dorés d’une finesse peu commune, dos à nerfs entièrement orné aux petits fers dorés, roulette dorée sur les coupes, fermoirs. Reliure française du XVIIe siècle.
132 x 90 mm.
Heures a l’usage de Tours. Manuscrit enluminé sur velin.
Tours, vers 1480.
Précieux livre d’Heures présentant une suite de peintures d’une grande qualité issue de la subtile collaboration de deux grands enlumineurs : le Maître du Cardinal de Bourbon et le Maître des Prélats bourguignons.
Le calendrier est orné de 24 petites miniatures représentant le cycle de la création, des épisodes de l’Ancien Testament et la vie de la Vierge.
Les 15 grandes peintures sont pour la plupart accompagnées en marge de façon inhabituelle de petites scènes développant le thème représenté.
Les sujets des grandes miniatures sont les suivants : Annonciation, avec, en or en arrière-plan, la Tentation d'Adam et Eve et le patron agenouillé, l'Arbre de Jessé dans les marges f.16 ; Visitation f.23 ; Pentecôte avec Jésus et la pêche miraculeuse aux marges f.30; Nativité avec, dans les marges, Jésus au Temple, Vierge au métier à tisser et Jésus fabriquant des meubles avec Joseph f.31; Le Christ devant le Souverain Sacrificateur avec, en marge, la trahison de Judas et le Reniement de Pierre f.34v; Adoration des bergers, avec l'Annonciation aux bergers en arrière-plan f.35v; Christ devant Pilate, avec, dans les marges, le couronnement d'épines et le Christ portant la croix f.38; Adoration des Mages, avec le voyage des Mages en marge f.39; Présentation au Temple f.42v; Fuite en Égypte avec, en marge, le Massacre des Innocents f.45; Couronnement de la Vierge avec, en marge, la Dormition et l'Assomption de la Vierge f.51v ; David en prière avec, dans les marges, David et Urie et Bethsabée au bain f.56; Job sur le fumier avec, en marge, la tentation du Christ et Job, une ville fortifiée et des morts, le tout en grisaille f.65v; le Jugement dernier, avec, dans les marges, des démons multicolores faisant bouillir une personne dans une marmite f.68v; Le Christ en majesté avec tous les saints f.97.
18 plus petites miniatures ornent les ff.7, 7v, 8v, 9v (les premiers extraits évangéliques illustrés de symboles des Evangélistes), 13, 85, 87, 87v, 88v, 89, 89v, 90v, 91, 91v, 92v, 94v , 95 et 95v. Quelques usures d’usage.
Ces peintures de grande qualité et d’une originalité certaine témoignent de l‘extrême dextérité de deux enlumineurs français à l’apogée de leur art.
Certaines sont attribuables au Maître du Cardinal de Bourbon, un enlumineur énigmatique nommé d'après une Vie et miracles de monseigneur Saint Louis commandée en 1482 par le Cardinal Charles de Bourbon (Paris, BnF, Fr. 2829). Sa carrière documentée s'étend sur les dernières décennies du XVe siècle et compte parmi ses clients Catherine de Chourses-Coëtivy, pour qui il illustre, entre 1484 et 1496, un manuscrit de la Douze Périls d'enfer (Arsenal, ms. 5207) ; un De Bello Judaico ; et un Estrif de Fortune (Chantilly, Musée Condé, mss 1061 et 566). La localisation de son activité s'avère difficile : un Livre d'Heures anciennement dans la collection Siraudin est à l'usage de Mâcon et un autre actuellement à la Bibliothèque municipale de Caen est à l'usage d'Amiens, alors que d'autres Heures qui lui sont attribuées sont à l'usage de Paris (Paris, BnF, Lat. 1382 ; Leeds, Bibliothèque Universitaire, Brotherton ms.5).
Ce disciple accompli semble être à l'origine des miniatures de l'Annonciation, de la Visitation, de la Pentecôte, de la Nativité, de l'Adoration des Bergers, du Christ devant Pilate, de la Présentation au Temple, du Couronnement de la Vierge et le Christ en majesté avec tous les saints. Nous voyons des compositions similaires dans de riches cadres architecturaux dans l'œuvre du Maître dans Vie et miracles (notamment f.47v) et dans une Heures de luxe de la collection Rosenberg vendue chez Christie's, le 23 avril 2021, lot 12. Le style du Maître trouve des échos dans l'œuvre de Maître François, mais la richesse de sa palette et une plus grande sensibilité à la perspective dramatique jette les bases d'une pléiade d'artistes parisiens à suivre, dont le Maître de la Chronique scandaleuse et Jean Pichore.
D’autres enluminures et notamment l'exceptionnelle et saisissante miniature en grisaille de Job sur le fumier ouvrant l'Office des morts, devrait se situer vers l'est de la France, peut-être le sud de la Bourgogne en évoquant l’œuvre du Maître des Prélats bourguignons, l'un des enlumineurs les plus originaux et entreprenants de la fin du XVe siècle, réputé pour ses points de vue changeants montrant des villes lointaines, des villes fortifiées et des paysages variés, des éléments architecturaux soigneusement dessinés et des personnages aux visages calmes et méditatifs aux yeux baissés.
Provenance : (1) L'usage liturgique de ces Heures est pour Tours, ce qui est inhabituel étant donné que les principaux enlumineurs à l'œuvre sont parisiens et bourguignons.
Le propriétaire d'origine est représenté deux fois de manière discrète : une fois en or agenouillé devant la Tentation d'Adam et Eve à l’arrière-plan de la miniature de l'Annonciation ; et encore dans une initiale historiée avec son ange gardien au f.87v.
Le manuscrit est évidemment resté en France au moins jusqu'au XVIIe siècle, date à laquelle il a été relié.
Un vibrant témoignage de l’art des grands enlumineurs parisien et bourguignon sous le règne du roi Charles VIII.







