L’Estat présent de la Chine, en figures
Louis XIV et la Chine de l’Empereur Kangxi (1662-1722).
Remarquable exemplaire historique et artistique offert en 1697 au roi Louis XIV, relié et entièrement aquarellé à l’époque avec rehaut d’or à son intention.
In-folio de : 1 feuillet de titre ; 1 feuillet de dédicace « À Monseigneur le duc de Bourgogne » ; 2 feuillets pour l’avertissement et « Idée du gouvernement de la Chine » ; 19 estampes sur grand papier d’officiers et princes tartares et chinois entièrement aquarellées à l’époque avec rehaut d’or ; 1 feuillet de dédicace « À Madame la duchesse de Bourgogne » ; 18 estampes sur grand papier de princesses tartares et Dames Chinoises entièrement aquarellées à l’époque avec rehaut d’or et 5 estampes sur grand papier entièrement aquarellées à l’époque avec rehaut d’or illustrant l’Empereur de Chine Kangxi (1662-1722), le ministre Chinois de l’Empire, le ministre d’Estat et Mandarin et deux bonzes. Soit un total de 42 estampes. Brunet annonce 43 estampes.
Plein maroquin rouge, décor à la Duseuil sur les plats avec grosse fleur de lys aux angles et armoiries frappées or du roi Louis XIV au centre, dos à six nerfs entièrement fleurdelysé, coupes décorées, roulette intérieure dorée, tranches dorées. Reliure de 1697 réalisée pour le roi Louis XIV.
384 x 253 mm.
Bouvet, Joachim. L’Estat présent de la Chine, en figures dédié à Monseigneur le Duc et à
Madame la Duchesse de Bourgogne.
Paris, Pierre Giffart, 1697.
Édition originale dédiée au petit fils de Louis XIV, Louis de France, duc de Bourgogne, lors de son mariage à Versailles le 7 décembre 1697 avec Marie-Adélaïde de Savoie, de ce volume composé par le père Jésuite Joachim Bouvet à l’intention du Duc et de la Duchesse de Bourgogne.
D’une insigne rareté ; elle manque même à Chadenat.
Précieux et remarquable exemplaire entièrement aquarellé à l’époque avec rehaut d’or offert au roi Louis XIV et relié en maroquin rouge de l’époque à ses armoiries.
Les Jésuites français pressent le roi Louis XIV de les envoyer dans l’empire de Chine. Les jésuites de l’époque envoyés par Louis XIV à la rencontre de l’empereur chinois Kangxi soulignent la similarité des destinées des deux princes, tous deux se prétendant les serviteurs d’un « Dieu » pour contrôler leurs régions
respectives, reconnaissant la puissance du royaume de France en Europe, l’empire de Chine étant reconnu comme le plus puissant en Asie de l’Est.
Bouvet fut envoyé en Chine pa r le roi Louis XIV en personn e et dessina les dignitaires chinois sur le vif.
Il fut donc l’un des six premiers missionnaires mathématiciens que Louis XIV fit partir à ses frais pour la Chine, en 1685.
Les missionnaires furent appelés à Pékin, d’où ils eurent la liberté de se répandre dans les provinces, à l’exception des PP. Bouvet et Gerbillon, que l’empereur retint auprès de sa personne. Ces deux jésuites obtinrent l’estime et la confiance du monarque chinois, qui était alors le célèbre Khanghi ; il les prit pour ses maîtres de mathématiques, et ce fut à eux qu’il accorda un vaste emplacement dans l’enceinte de son palais, pour y bâtir une église et une résidence, lesquelles furent achevées en 1702. C’est à ce titre que l’un et l’autre sont regardés comme les fondateurs de la mission française de Pékin. L’empereur fut tellement satisfait des services des jésuites français, qu’il donna ordre au P. Bouvet de retourner dans sa patrie, et d’en ramener autant de nouveaux missionnaires qu’il pourrait en rassembler.
Le P. Bouvet revint en France en 1697, et fut porteur de quarante-neuf volumes chinois, que l’empereur Khang-hi, qui régnait alors à la Chine, envoyait en présent au roi. Ces volumes furent remis par le missionnaire, le 27 mai et le 12 juin, à la bibliothèque royale, qui, à cette époque, ne possédait encore que quatre ouvrages écrits en cette langue, lesquels s’étaient trouvés parmi les manuscrits du cardinal Mazarin. Le roi, vers la fin de cette même année, fit remettre au jésuite missionnaire un recueil de toutes ses estampes, relié magnifiquement, et le chargea de le présenter de sa part à l’empereur Khang-hi.
Le P. Bouvet repartit peu de temps après pour la Chine, où il arriva en 1699.
Empereur de Chine, Kangxi, contemporain de Louis XIV, fut un souverain tolérant. Il laissa la Chine ouverte aux influences bouddhistes et chrétiennes en admettant les Jésuites à la tête des Affaires Étrangères, et en utilisant leurs connaissances mathématiques et astronomiques.
Portrait de l’empereur par le Père Bouvet :
« L’empereur, qui règne aujourd’hui à la Chine, et dans une grande partie de la Tartarie, s’appelle Cang-Hi [Kangxi], c’est-à-dire le Pacifique. »
En publiant, en 1697, un portrait littéraire de l’empereur de Chine présenté à Louis XIV , le missionnaire jésuite Joachim Bouvet (1656-1730) popularisa la personne de Kangxi dans toute l’Europe. L’ouvrage fut réédité à Paris trois années de suite, traduit en latin par Leibniz, en anglais, en néerlandais, en italien. Kangxi avait alors quarante-quatre ans et régnait depuis trente-six ans.
Bouvet revenait de Chine avec l’avantage du témoin. Correspondant de l’Académie des sciences, il était parti en 1685, en compagnie de cinq confrères, avec la première ambassade envoyée par Louis XIV au Siam [Thaïlande]. Ce groupe, noyau fondateur de la mission jésuite française en Chine, avait ensuite voyagé, de Siam en Chine, par ses propres moyens. Il avait été reçu par Kangxi le 21 mars 1688.
Bouvet avait approché Kangxi de près : il lui avait donné, en mandchou, avec le père Jean François Gerbillon (1654-1707), des leçons de mathématiques entre 1689 et 1691, à l’aide d’un manuel de mathématiques utilisé dans les collèges jésuites de la Compagnie.
Dans sa préface, Bouvet assure Louis XIV qu’il établit le « portrait d’un monarque qui [a] le bonheur de vous ressembler par plusieurs endroits ». Ressemblance physique, puisque leurs visages portent les traces d’une variole enfantine qui fit redouter le pire à leurs entourages, ressemblance de tempérament par leur maîtrise de soi et leur goût pour les arts, et ressemblance de destin. Tous deux orphelins, ils avaient connu les périls d’une régence difficile et assumé, très jeunes, les responsabilités du pouvoir. Plus tard, les contemporains seront frappés par la longévité de leurs règnes.
L’idée d’un parallèle entre Kangxi et Louis XIV ne revient pas à Bouvet. L’année du départ de Bouvet en Chine (1685), Louis XIV avait déjà lu dans la dédicace du récit relatant le voyage effectué en Tartarie orientale [Mandchourie] par le père Verbiest (1623-1688) :
« Vous verrez, Sire, dans ce récit que la Cour de Péquin ne cède en magnificence à aucune autre Cour de l’Europe ; & si vous aviez estè dans un autre siècle, le Prince qui règne aujourd’huy à la Chine [Kangxi] ne verroit rien dans le monde de plus grand que luy. »
C’est pendant cette période – à la fin du xviie siècle - que naissent les premiers échanges culturels officiels entre la France et la Chine. De nombreux ouvrages chinois viennent enrichir les collections royales et en 1684, Louis XIV ordonne une mission scientifique en Chine, première étape de la fondation de la sinologie française.
Exemplaire historique et artistique en tous points exceptionnels : dédié au petit fils du roi, le duc de Bourgogne, offert au roi Louis XIV et relié en maroquin rouge de l’époque à ses armes et emblèmes royaux, il est orné de somptueuses estampes sur grand papier aquarellées à l’époque avec rehaut d’or.







