Meigret, Louis. Le Tretté de la grammere francoeze, 1550.

Edition originale rarissime du Tretté de la Grammere française de Louis Meigret (1510-1558),
texte fondateur de la langue française.

« Ce Tretté de la grammere française imprimé à Paris en 1550
étant de ces grands textes qui ne laissent pas indifférents »
( Cendrine Pagani-Naudet).

Paris, Chrétien Wechel, 1550.

Meigret, Louis. Le Tretté de la grammere francoeze.
Suivi de :
La Reponse de Louis Meigret à l’apolojie de Jaqes Pelletier.
Suivi de : Défenses de Louis Meigret touchant son Orthographie Françoeze, contre les censures e calônies de Glaumalis du Vezelet, e de ses adherans.
Paris, Chrétien Wechel, 1550.

3 ouvrages en 1 volume in-4 de 144 ff. ; 10 ff. ; (18 ff.).
Vélin souple à recouvrement, dos lisse, restes de liens de cuir. Reliure de l’époque.

            232 x 157 mm.

Edition originale extrêmement rare de la première grammaire de la langue française, « rédigée en français » par Louis Meigret ; cette œuvre « étant de ces grands textes qui ne laissent pas indifférent » (Cendrine Pagani-Naudet).

Louis Meigret (vers 1510-1558) était un grammairien lyonnais et un réformateur de la langue française. Charles-Louis Livet, dans son livre La Grammaire française et les grammairiens du xviè siècle, 1859, disait de lui qu’il était « le père de la grammaire française » et non Dubois ou Henri Estienne, car selon lui il fallait un homme de cette vigueur, pour poser, avec autant de bonheur, sous une forme souvent définitive, les principes qu’il a mis en circulation ». Il était le premier à penser qu’il fallait offrir à l’usage populaire des traités composés en français et mettre ainsi « la science au service du vulgaire ». C’est dans ce dessein qu’il publia en 1545 un traité d’orthographe intitulé Traité touchant le commun usage de l’Escriture françoise. S’ensuivit une traduction du Menteur de Lucien en 1548, dans une orthographe particulière, presque illisible, s’accordant avec les préceptes développés dans son premier traité, puis deux ans plus tard il fit paraître cette grammaire française, là aussi composée dans cette orthographe réformée de son invention.

L’ouvrage est divisé en 11 parties : l’abondance en voix de la langue françoise (voyelles, consonnes, syllabes, diction, langage, articles) – les noms – les pronoms – les verbes – la préposition – les adverbes – les conjonctions l’intersection – les accents ou tons des syllabes et les dictions – les poins d’amiracion, d’interrogation et l’apostrophe – les poins de soupir, de semi-poze le point final et la parenthèse. Dans la partie consacrée aux verbes, il donne la conjugaison des verbes avoir, être, aimer, voir, lire et bâtir.

Ces théories nouvelles suscitèrent très vite des critiques et des controverses, notamment de la part du poète, mathématicien et grammairien Jacques Peletier (1517-1583) et du poète et polémiste Guillaume des Autels (1529-158.) qui écrivit sous le pseudonyme de Glaumalis de Vezelet. Meigret répondit à ces critiques par trois opuscules dont deux figurent dans le présent exemplaire, respectivement intitulés La Réponse de Louis Meigret à l’apolojie de Jaqes Pelletier et Defenses de Louis Meigret touchant son Orthographe Françoeze, contre les censures e calonies de Glaumalis du Vezelet, e de ses adherans. Le troisième, intitulé Réponse à la désespérée réplique de Glaomalis de Vezelet parut en 1551, ce qui explique qu’on ne le trouve pas dans cet exemplaire dont la reliure est strictement contemporaine de la première mise en vente du livre, en l’année 1550.

La recherche universitaire contemporaine vient de consacrer une longue étude à cette œuvre fondatrice de la langue française et notamment à l’apport de cette grammaire de Louis Meigret imprimée en 1550 au Traicté de la grammaire française de Robert Estienne qui paraitra en 1557. En voici les extraits marquants :

 « L’histoire de la grammaire française offre à sa naissance une redondance dans les titres, sur laquelle il convient de s’interroger. La première grammaire du français rédigée en français paraît en 1550 sous le titre « Le Tretté de la grammere francoeze », elle est l’œuvre de Louis Meigret. Sept ans plus tard Robert Estienne fait publier à son tour un Traicté de la grammaire francoise. Singulière succession qui invite, quoi qu’on en ait, à comparer l’obscur grammairien lyonnais et l’« illustre typographe ». La critique reçoit aujourd’hui la grammaire de Robert Estienne comme une adaptation de l’œuvre de Louis Meigret longtemps réputée absconse et illisible. Du Tretté au Traicté, nous serions face un processus de transfert, avec tous les appauvrissements qui l’accompagnent certes, mais qui assure l’ancrage dans le champ du savoir d’un domaine en quête de légitimité. Robert Estienne participe du processus visant à imposer le français comme matière pouvant faire l’objet d’un enseignement spécifique, c’est-à-dire une discipline. Une telle lecture assure une sorte de compromis : Meigret fait figure de précurseur incompris et Robert Estienne de pédagogue avisé. Pour autant, l’entreprise de Robert Estienne ne consiste pas seulement à transposer un savoir : par son Traicté, il invertit en fait le projet de ses prédécesseurs et reconfigure l’objet de la grammaire française.

Jusqu’au milieu du xixè siècle, Robert Estienne a bénéficié de la considération des critiques, et suscité des portraits dithyrambiques, non dénués d’ingéniosité puisqu’ils parviennent à en faire à la fois un intellectuel désintéressé, travaillant « au soulagement de la jeunesse française », et un habile homme d’affaires. Robert Estienne fut un grand imprimeur. À ce seul titre, on lui doit de précieuses éditions de textes anciens ou encore, en 1531, la première grammaire du français écrite par un Français, celle de Jacques Dubois dit Sylvius. Robert Estienne était aussi un érudit. Outre ses nombreuses traductions, ses presses livrent dans la première moitié du xviè siècle une œuvre de première importance dans l’histoire de la lexicographie française. Enfin il est l’auteur d’ouvrages pédagogiques qui en font « dans le quart de siècle pendant lequel il dirigea son imprimerie à Paris » « l’éditeur par excellence des escholiers ». Lorsqu’en 1557 paraît à l’enseigne de l’Olivier, le « Traicté de la Grammaire françoise », Robert Estienne, cédant à ses persécuteurs, s’est établi à Genève. L’ouvrage, traduit en latin dès l’année suivante, puis réédité, a exercé une influence durable.

Contrairement au célèbre humaniste, Louis Meigret a été plus controversé et surtout largement méconnu. Peu de témoignages subsistent sur cet auteur lyonnais, membre d’une famille éminente, sensible à la Réforme. « Il voulait qu’on écrivît comme on parlait. On lui a pris depuis quelques-unes de ses idées ; mais on lui a laissé son orthographe ». Belle épitaphe déjà pour l’époque. Nul doute qu’aujourd’hui l’éloge serait un peu plus long. S’il publie à partir de 1530 des traductions, essentiellement à partir de textes latins, la postérité retient surtout deux traités : Le Traité touchant la commune écriture dans lequel Meigret expose ses positions en matière d’orthographe et « Le Tretté de la grammere francoeze ». Paru chez Chrétien Wechel en 1550, ce dernier sera entièrement rédigé selon le système révolutionnaire imaginé par son auteur, qui relance ainsi la controverse sur la « droite écriture ».

Il est communément admis que « l’hérésie orthographique » de Meigret a compromis la réception de sa grammaire. De fait, elle a été peu lue au-delà du xviè siècle. Quelle ironie pour celui qui proposait de rendre le français « lisable », grâce à une nouvelle écriture faisant « cadrer » les lettres à la prononciation.

Il fallut les efforts de plusieurs savants et plus d’un siècle pour arriver à la reconnaissance complète de cet « immense grammairien ». Écornant au passage la statue de Robert Estienne, jugé finalement médiocre linguiste, Livet, Brunot, Foerster qui en propose en 1888 une réédition, affirment la valeur du Tretté. Manifestement le regain d’intérêt pour cet auteur doit beaucoup à la version modernisée qu’en offrit en 1980 F.-J. Hausmann.

Robert Estienne cite par pans entiers le texte de Meigret de 1550, qu’il lui arrive de reproduire terme à terme, pour peu que cela n’entre pas en contradiction avec ses propres convictions linguistiques.

En 1550, Meigret livrait un traité, non pas seulement un exposé systématique sur les principes de la langue mais c’est aussi une discussion sur la grammaire du français, une recherche de conventions établies par le débat.
La grammaire de Louis Meigret s’inscrit dans le débat sur la droite écriture : elle seule « illustre » – dans tous les sens du terme – les positions réformistes de Meigret. Ce dernier applique son programme de rénovation orthographique dans un ouvrage qui doit servir à l’apprentissage de la langue.
Et qui jouit en outre du prestige d’être pionner en ce domaine puisque c’est la première grammaire rédigée en français.

Pour Meigret, la langue se parle, la langue s’entend, la langue « sonne ».

Le jugement de grammaticalité se fait donc aussi au niveau de la performance orale, de « l’oreille ». Voilà pourquoi Meigret est si attentif à la prosodie, et en propose une description, essentiellement consignée dans les dernières pages de son Tretté.
L’aspect le plus spectaculaire de cette analyse consiste dans ces portées musicales destinées à modéliser l’intonation.
On entretient aussi l’idée qu’un amendement de notre code graphique est irréalisable. Ce combat-là, Meigret l’a perdu, à moins qu’on ne s’efforce de le lire dans sa version originale, pour s’apercevoir qu’elle est finalement « lisable ». Mais peut-être est-ce encore là un parti pris, l’œuvre de Meigret étant de ces grands textes qui ne laissent pas indifférent » (Cendrine Pagani-Naudet. Sophia Antipolis 2012).

On trouve plusieurs notes sur les gardes du présent exemplaire dont une en français du xviè siècle qui indique que l’exemplaire a appartenu à Pierre Bertrand de Chatronnières : « A Pierre Bertr. De Chatronnières, à ses amis, & a(utres) ? larrons. Bert. De Chatronières. »

Aucun autre exemplaire ne semble avoir été proposé à la vente depuis plusieurs décennies.
Avant la réévaluation de cette œuvre fondatrice, Brunet écrivait déjà au xixè siècle : « Cette grammaire est recherchée à cause de sa singularité, mais on la trouve difficilement ».

Précieux et admirable volume à marges immenses, très pur, conservé dans son beau vélin souple à recouvrement de l’époque, de ce texte fondateur de la langue française.

99 000 €

 

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