Orlando Furioso
Le Roland Furieux relié en maroquin rouge de l’époque aux armes de la Princesse de Lamballe, l’amie intime de la reine Marie-Antoinette qui périt sur l’échafaud.
« Les livres de Madame de Lamballe sont en très petit nombre » (E. Quentin Bauchart).
4 volumes in-12 ; plein maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats, armoiries frappées or au centre, dos lisse orné, filet or sur les coupes, roulette intérieure dorée, tranches dorées.
Reliure armoriée de l’époque.
141 x 82 mm.
Arioste. Orlando Furioso de Lodivico Aristo.
Parigi 1768. Appresso Marcello Prault.
Jolie édition citée de ce classique de la Renaissance imprimée dans la langue maternelle de la princesse de Lamballe.
Elle est ornée d’un titre frontispice gravé par Godeffroy dessiné par Moreau en 1768en-tête de chacun des quatre volumes et d’un frontispice gravé par Adeline et dessiné par Cochin fils.
« Comme dans les romans arthuriens, les chevaliers et les dames font des rencontres fabuleuses, tombent dans des pièges maléfiques. Ce sont les harpies, le monstre marin qui dévore des jeunes filles, le géant cannibale Caligorante. C’est l’île des Amazones, où tous les mâles sont exterminés, l’île des plaisirs luxurieux d’Alcine, le château d’Atlant, où chaque nouveau venu croit apercevoir ce après quoi il court, ce qui contraint les chevaliers qui y sont attirés à errer dans un jeu d’illusion, qui n’est pas sans rappeler leurs vaines quêtes tout au long du labyrinthe du poème. Ce dernier exemple est une bonne illustration de l’attitude de l’Arioste à l’égard d’un merveilleux traditionnel auquel il ne croit plus et sur lequel il exerce tout au long du poème un évident effort de rationalisation. En témoignent également les grands voyages de découverte d’Astolphe et de Roger, qui se démarquent de l’errance incontrôlée des héros de passion. Sur l’hippogriffe, cheval ailé que l’Arioste dit « naturel » et non magique, Roger découvre en perspective plongeante tous les rivages de l’Orient, et annonce explicitement les grands voyages des caravelles de Colomb. Quant à Astolphe, qui s’envole sur le même hippogriffe jusqu’à la lune, il fait un voyage moins imaginaire qu’il n’y paraît, puisqu’il découvre là-haut tout ce que perdent les hommes ici-bas, notamment le bon sens de Roland, contenu dans une grande fiole, que le bon Astolphe fera respirer au chevalier pour le sortir de sa folie.
Longtemps considéré comme une rêverie désengagée, destinée à sortir le poète des soucis du siècle, et dont la préoccupation majeure eût été esthétique, le poème de l’Arioste est de plus en plus perçu par la critique comme une œuvre fortement ancrée dans la réalité. En témoigne la forte présence de l’actualité, qui sert constamment de référence à l’Arioste, et notamment dans les débuts de chant, pour donner à ses épisodes une signification qui n’est pas d’ordre purement esthétique. Dans ces passages, la présence des éléments constitutifs de la Renaissance italienne fait du monde imaginaire de la chevalerie la transposition idéale d’un système de valeurs auquel l’Arioste, parfaitement conscient du modèle culturel que l’Italie peut transmettre à l’Europe, adhère profondément. La grande réussite du Roland furieux, c’est sa construction, qui, sous une apparente dispersion, masque une rare cohérence poétique entre chaque détail et l’ensemble » (R. B.).
Précieux exemplaire relié en maroquin rouge de l’époque aux armes de la Princesse de Lamballe, l’amie intime de la reine Marie-Antoinette.
« Marie-Thérèse de Savoie-Carignan, princesse de Lamballe, naquit à Turin le 8 septembre 1749. Elle devint veuve, à dix-huit ans, d'un mari tué par la débauche à la fleur de l'âge. Son beau père, qui l'adorait, en avait fait sa fille adoptive, quand Marie-Antoinette la fixa auprès d'elle en lui donnant la charge de surintendante de sa maison. Bientôt l'amitié la plus tendre unit la reine à la princesse.
La princesse, après avoir partagé pendant quelques jours, la captivité de la reine au Temple, fut enlevée la nuit et transférée à la Force. C’était son arrêt de mort. Elle y trouva des assassins que sa douce et poétique figure ne put apitoyer. Élargie après un simulacre de jugement, elle fut égorgée par les Septembriseurs, qui profanèrent odieusement son cadavre, et « comme si, dans la mort même, elle ne dût pas être séparée de celle pour qui elle mourait, trois lettres de la reine tombèrent de l’édifice de sa coiffure dans le sang. Plus heureuse que la noble Marie-Antoinette, elle eut cette fortune qu’elle entra dans la tombe respectée par la calomnie. La populace battit, mutila, traîna son cadavre, la Révolution laissa pure sa mémoire.
Les livres de Madame de Lamballe sont en très petit nombre… » (E. Quentin Bauchart).
