Trattato dell'istrumento

Erizzo, Sebastiano
Venise, Plinio Pietrasanta, 1554.

Prestigieux exemplaire du roi Henri III revêtu d’une remarquable reliure de l’époque a semé ornant une rare édition originale vénitienne de la Renaissance.

In-4, titre frontispice architectural allégorique, capitales ornées.
Maroquin marron, dos sans nerfs orné d'un semis de fleurs de lys dorées disposées en quinconce, et de filets. Plats ornés d’un triple encadrement de filets et entièrement semé de fleurs de lys. Dans chacun des angles, un large motif composé de feuillages et d’angelots. Au centre de chaque plat, les armes du roi Henri III composées des armes de France accolées aux armes de Pologne. Ces deux blasons sont entourés des colliers des ordres de St Michel et du St Esprit. Ce dernier ordre fut institué en 1578. Dans le collier de cet ordre, on remarque deux monogrammes : l’un formé des lettres H et ƛƛ entrelacées (Henri, Louise, Lorraine), et l’autre les lettres : H. M. Φ. Δ. dans lesquels il faudrait trouver une sorte de rébus indiquant la passion du roi pour Marguerite de Valois, sa sœur (Guigard, I, 18). Très beau spécimen d'une reliure exécutée pour le grand roi bibliophile Henri III, par Nicolas Ève. Très bel exemplaire.

207 x 151 mm.

Erizzo, Sebastiano (1525-85). Trattato dell’istrumento et via inventrice de gli antichi.
Venise, Plinio Pietrasanta, 1554.

Édition originale fort rare du premier livre de Sebastien Erizzo, écrivain et historien vénitien, éditée par l’érudit Girolamo Ruscelli (1500-1566) à Venise en 1554.
Adams, E924 ; Brunet, II, 1048.

« Ce traité est fondé en grande partie sur la doctrine de Platon, dont Erizzo était sectateur ».

One of the earliest histories of ancient science”, written with a humanistic approach, "ispirato alla retorica classica." BMC of Italian Books, p. 237.

Rare first and only edition of this exhaustive treatise on inventions and scientific thought in the ancient world, the first book of Sebastiano Erizzo (1525-85).

Erizzo naquit à Venise, le 19 juin 1525 ; son père était sénateur et sa mère de la famille Contarini. Il fit ses études à Padoue, y acquit une connaissance parfaite des langues grecque et latine, et se livra ensuite à l’étude de la philosophie antique. De retour à Venise et devenu sénateur, il se distingua dans le conseil des Dix par la gravité de son caractère et de ses mœurs. Il continua de cultiver les lettres et la philosophie ; il prit aussi un goût très vif pour les antiquités, et particulièrement pour les médailles. Il forma dans sa maison un musée curieux qui après sa mort resta quelque temps à sa famille, fut ensuite acheté par un sénateur du nom de Tiepolo, et enfin publié par le procureur de St-Marc, Lorrenzo Tiepolo avec de magnifiques gravures. Erizzo était doué d’une mémoire prodigieuse, ce qui rendait sa conversation aussi instructive qu’agréable. Il était excellent juge des ouvrages des autres et très modeste sur les siens ; il en écrivit de différents genres, qui furent tous publiés de son vivant et sous ses yeux ; mais la plupart le furent par de savants éditeurs, tels que le Ruscelli et le Dolce, qui trouvaient sans doute leur compte à lui en épargner le soin. Il y trouvait aussi son propre compte ; car un éditeur peut, dans une préface ou dans une épître dédicatoire, dire de l’ouvrage qu’il publie, et même de l’auteur, ce que cet auteur ne pourrait pas dire lui-même. Erizzo mourut âgé d’environ 60 ans, le 5 mars 1585.

Jérôme Ruscelli, son éditeur, fonda l’académie dello Solegno à Rome puis s’installe à Venise ou il corrigeait les épreuves chez Valgrisi. Ruscelli est auteur de plusieurs livres et éditeur d’une vingtaine d’ouvrages dont ce traité d’Erizzo.

Dans cette apologie, il parle avantageusement du poëme de l’Amadigi et du jeune Torquato, alors (en 1561) âgé de dix-sept ans. Celui-ci en fit l’un des interlocuteurs de son dialogue intitulé Il Minturno, o della bellezza. Ruscelli mourut à Venise, en 1556.

Prestigieux exemplaire du roi Henri III conservé dans une remarquable reliure de l’époque à semé de Nicolas Ève, recouvrant l’un des bons textes de la Renaissance italienne (OHR, pl. 2491, fer n° 2).

Dans les angles on remarque des feuillages semblables à ceux utilisés dans les décors à la fanfare ; au centre des plats sont frappées les grandes armes de Henri III, rois de France et de Pologne entourées du Collier de l’Ordre de St Michel et de celui du Nouvel Ordre du St Esprit, que le Roi venait d’instituer en 1578.

Plusieurs reliures de ce type réalisées pour le roi Henri III recouvrent des textes de la Renaissance italienne imprimés à Venise ainsi : « Gosellini-Vital del l’illustrissimo Sig D. Gonzaga ». In-4, Venise 1579 ; reliure absolument identique à celle présentée ici, vendue 4 800 € il y a 44 ans (Référence – Bibliothèque Raphaël Esmérian – 6 juin 1972 – Palais galliera, n° 70) revendu 23 000 € il y a 32 ans (Réf : Cent livre précieux, Décembre 1984, n° 36).

Dans « L’Histoire de l’édition française », Jean Toulet, conservateur de la B.n.F., analyse ainsi les reliures a semé :

« Dans la seconde moitié du XVIe siècle les reliures à décor ne représentent plus qu'un champ limité d'activité pour quelques relieurs. Alors qu'elles pouvaient, au milieu du XVIe siècle, constituer un fort noyau d'une bibliothèque, autour duquel pouvait, comme à Fontainebleau, s'articuler l'ensemble, elles ne sont plus désormais que des pièces isolées, sans statut définissable, au sein du système clos de la collection. Elles s'y trouvent plutôt comme des traces des préférences du possesseur pour certains textes ou certains exemplaires choyés, comme, dans le cas des exemplaires offerts, des preuves d'une relation de sentiment ou, plus souvent, de subordination sociale entre celui qui offre et celui qui reçoit.
Les compositions de ces œuvres luxueuses se répartissent entre quelques modèles, répétitifs, avec seulement quelques traits distinctifs, dans des structures qui restent constantes et qui vont, contradictoirement, de l'austérité à la luxuriance.
Les plus simples, les semés, sont constitués par la répétition régulière, sur tout le plat, de pièces et meubles, du blason, d'initiales, monogrammes, signes emblématiques tel le S fermé. Cette disposition, d'inspiration héraldique comme sa dénomination, déjà présente sur certaines reliures de François Ier, connaîtra une grande mode durant les règnes de Henri IV et de Louis XIII.
Les semés doivent être considérés comme une forme particulièrement élaborée de la reliure d'amateur pour laquelle l'appartenance, manifestée ou dissimulée, est primordiale, tandis que les fanfares sont, pendant plus d'un demi-siècle, le modèle presqu'unique de la reliure à décor.
C'est dans cette perspective que se situent quelques remarquables ensembles de livres reliés uniformément pour un possesseur ou un groupe de possesseurs, tels Henri III, Pietro Duodo, les membres de la Congrégation des pénitents de l'Annonciation Notre-Dame, fondée par Henri III. Tous ces volumes présentent des variations de semés, semés de fleurs de lis, de larmes, ou pour Duodo, semés d'ovales de feuillages. Regroupant un petit nombre d'unités choisies, ces séries constituent des « cabinets de livres », petites bibliothèques privilégiées, dont les dimensions restreintes autorisaient l'emploi de reliures d'amateurs de haut niveau ».

Référence : Edit-16 CNCE 18272. F. Le Bars (qui n’a pas connu cette reliure), « Les reliures de Henri III : essai de typologie » dans l. de Conihout, J. F. Maillard, G. Poirier, Henri III mécène des arts, des sciences et des lettres, Paris, 2006, p. 239.

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