M. Tullii Ciceronis opera omnia
Les Œuvres de Ciceron imprimées en 1596 revêtues de l’une des plus intéressantes et rares reliures réalisées pour le roi Henri IV (1594-1610) au début de son règne provenant de la célèbre collection Dutuit au Petit Palais.
Elle allie armoiries au dauphin, semé de fleurs de lys et de dauphins, chiffres couronnés aux angles et encadrement alternant trophées, chiffre H couronné de laurier et fleurs de lys ceintes de quatre flammes.
4 parties en 1 vol. in-8 à deux colonnes de I/ (4) ff., 436 col. ; II/ 958 col. ; III/ 636 col. ; IV/ 714 col. ; (40) ff. d’index et privilège.
Plein maroquin brun, armes dorées d'Henri IV au centre des plats (OHR pl. 2492, fer n°5) sur un semé de fleurs de lys et de dauphins, bordure droite alternant « H », trophées et fleurs de lys, chiffre couronné aux angles (OHR pl. 2492 fer n°12), dos lisse orné du même semé et de la même bordure, tranches dorées, traces de lacets de soie.
Reliure de l’époque aux armes du roi Henri IV orné d’un décor somptueux, intéressant et peu commun, celle-là même citée et décrite par Olivier-Hermal, pl. 2492.
247 x 166 mm.
[Cicéron] - [Henri IV]. M. Tullii Ciceronis opera omnia.
S.l. [Genève], Eustache Vignon, 1596.
Edition fort rare des Œuvres de Cicéron imprimée en 1596 magnifiquement reliée pour le roi Henri IV qui venait d’être reconnu comme roi de France par le Pape le 15 septembre 1595.
Graesse, II, 157 ; Green & Murphy, Renaissance Rhetoric Short-title Catalogue 1460-1700, p. 108 ;
« [Cicéron] par la supériorité de son intelligence, la magnificence de ses actes, de sa position, de sa vie et de sa réputation, par le fait qu’il a non seulement apporté, mais formé et perfectionné la langue mais aussi la littérature, l’éloquence et la philosophie latines, en les amenant de la Grèce, par le fait également qu’il était, sans discussion, le premier, le plus grand auteur latin, dans tous les genres dominait à tel point les autres que la langue latine écrite eut la réputation d’être entièrement incluse dans ses œuvres, et que celles-ci firent office d’Académie et de Dictionnaire… » (Leopardi).
L’une des plus intéressantes et rares reliures décorées en maroquin de l’époque aux armes et aux chiffres du roi Henri IV réalisée en 1596, au début de son règne. Elle provient de la célèbre collection Dutuit (Petit palais, n° 563) et est la seule citée et décrite par Olivier ornée de ce décor.
Olivier-Hermal-Roton fait remarquer « que ce fer présente au bas des écus un dauphin couronné ; ce dauphin se trouve répété sur les plats de la reliure qui est entièrement recouverte d'un semis de dauphins non couronnés et de fleurs de lis alternés. Il est difficile d'expliquer autrement la présence de ces dauphins, que par un souci de variété dans l’ornementation, puisqu'Henri IV ne fut jamais dauphin ».
Henri IV, dit le Grand, fils d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, prince de Béarn, duc de Vendôme, de Beaumont et d'Albret, comte de Foix, et de Jeanne d'Albret, reine de Navarre, princesse de Béarn, comtesse de Foix, naquit au château de Pau le 14 décembre 1553 et porta d'abord le titre de prince de Navarre ; élevé dans la religion calviniste, il fut nommé gouverneur et amiral de Guyenne en 1562 et fut reconnu comme chef du parti huguenot en 1569 après l'assassinat du prince de Condé ; il monta sur le trône de Navarre le 9 juin 1572 à la mort de sa mère, et, le 18 août, épousa à Paris Marguerite de Valois, sœur de Charles IX ; à la suite de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), il dut abjurer le protestantisme et n'en fut pas moins retenu à Paris, dont il ne put s'échapper qu'en février 1576 ; aussitôt de retour dans ses états, il reprit sa religion primitive et, à la tête des calvinistes, recommença la lutte contre les catholiques. Henri III, abandonné par les catholiques rattachés à la Ligue, se rapprocha d'Henri de Navarre, devenu héritier du trône, et vint avec lui assiéger Paris en 1589 ; peu après Henri III était assassiné (2 août 1589). Henri de Navarre, désigné par le roi défunt comme son successeur, se vit aussitôt abandonné par la majorité des catholiques et des protestants et dut conquérir ou racheter peu à peu tout son royaume ; ayant fini par abjurer le calvinisme en l'église de Saint-Denis le 25 juillet 1593, il fut sacré à Chartres le 27 février 1594 et reconnu comme roi de France sous le nom d'Henri IV le 15 septembre 1595 par le pape. Après avoir assuré la paix religieuse en accordant par l'édit de Nantes du 15 avril 1598, l'égalité de traitement entre les protestants et les catholiques. et la paix avec l'Espagne par le traité de Vervins (5 mai 1598) dans lequel Philippe II renonçait à ses prétentions à la couronne de France, Henri IV se consacra avec l'aide de Sully au relèvement du royaume, le réorganisa, et lui rendit la prospérité en développant l'agriculture, en introduisant les industries nouvelles de la soie et de la verrerie et en établissant la liberté du commerce des grains. Il fit rompre le 17 décembre 1599 son premier mariage qui avait été stérile pour épouser à Lyon Marie de Médicis le 27 décembre 1600, enleva au duc de Savoie la Bresse, le Bugey et le pays de Gex en 1601, et unit à perpétuité à la couronne de France en 1607 la Navarre et tous ses biens patrimoniaux, c'est-à-dire la Gascogne, le Béarn, le comté de Foix, le comté de Vendôme et le Périgord. Il fut assassiné par Ravaillac le 14 mai 1610, alors qu'il se préparait à recommencer la lutte contre la maison d'Autriche.
Henri IV qui avait eu nombre de maîtresses, entre autres Gabrielle d'Estrées et Catherine‑Henriette de Balzac d'Entragues, laissait, outre trois fils et trois filles légitimes, de nombreux enfants naturels.
Ce type de reliure réalisée pour le roi Henri IV unissant armoiries au dauphin, chiffres couronnés, semé de dauphins et de fleurs de lys, encadrement alternant trophées, fleurs de lys et chiffre royal est infiniment rare. Les reliures ordinaires du roi, déjà peu communes et fort recherchées, au décor plus simple, sont identiques à l’unique reliure aux armes d’Henri IV qu’avait pu se procurer Raphaël Esmérian, caractérisée par les armoiries ordinaires - sans dauphin - reposant sur un semé de simples fleurs de lys. Cette reliure de format in-8 fut néanmoins adjugée 62 000 F (environ 10 000 €) il y a 45 ans (Ref. Bibliothèque Raphaël Esmérian. Première partie. 6 juin 1972, n° 47).
Il est admis que ce type de grand livre a vu sa valeur multipliée par 6 en 45 ans.
