L'Année du Chrétien
Les douze volumes les plus personnels de Madame Adélaïde (1732-1800) ornés de la rarissime mention frappée or sur le plat supérieur « Madame Adelaïde ».
Versailles, 1747.
12 volumes in-12, plein maroquin rouge, triple filet doré autour des plats, étoile dorée aux angles, « Madame Adélaïde » frappé or sur le plat supérieur de chacun des 12 volumes, dos à nerfs richement orné, double filet or sur les coupes, roulette intérieure, doublures et gardes de papier fort orné d’un semé d’étoiles et de points plein or, tranches dorées sur marbrures.
Reliure parlante réalisée par Fournier à Versailles en l’année 1746.
159 x 96 mm.
Madame Adélaïde. L’année du chrétien contenant des instructions sur les Mystères et les Fêtes ; l’explication des Epîtres et des Evangiles. Avec l’Abrégé de la vie d’un Saint pour chaque jour de l’année. Janvier. Février. Mars. Avril. Mai. Juin. Juillet. Août. Septembre. Octobre. Novembre. Décembre.
Paris, 1747.
Le livre intime de Madame Adélaïde – son année du Chrétien pour l’année 1747 – relié en 12 volumes à raison d’un volume par mois – sur les plats supérieurs duquel elle fit frapper en lettres d’or cette mention de la plus extrême rareté « Madame Adélaïde ».
Les volumes ayant appartenu à Mesdames de France, filles de Louis XV et de Marie Leczinska, ne se distinguent que par la couleur du maroquin sur lequel sont frappées leurs armes. Madame Adélaïde faisait revêtir les siens en maroquin rouge, Madame Victoire, en vert et Madame Sophie, en citron. Ces ouvrages, qui étaient reliés par Fournier, à Versailles, et par Vente, concernaient pour la plupart la religion, la littérature, l’histoire et les voyages. Les livres de Madame Victoire, comme ceux de Madame Élisabeth portaient un ex-libris aux armes des filles de France. – La bibliothèque de Madame Adélaïde, beaucoup plus considérable que celle de ses sœurs fut vendue aux enchères lors de la Révolution.
Marie-Adélaïde de France, quatrième fille et sixième enfant de Louis XV et de Marie Leczinska, née à Versailles le 23 mars 1732, fut appelée successivement Madame Troisième, Madame Adélaïde, Madame (1755) et Madame Adélaïde (1774). Intelligente et très instruite, cette princesse eut une influence utile sur un roi trop faible. Après la mort de Louis XV, elle alla résider au château de Bellevue que Louis XVI lui avait offert ainsi qu'à ses sœurs.
De ces trois princesses, Madame Adélaïde est la seule qui ait marqué sa place parmi les véritables bibliophiles ; les deux autres se contentèrent de l’imiter, et n’eurent des livres que pour obéir à l’usage des cours, qui les obligeait a en avoir.
Calquées en quelque sorte l’une sur l’autre, ces trois collections ne contenaient que des ouvrages d’un goût sévère et conforme aux habitudes de recueillement et de dévotion que les princesses avaient conservées de leur éducation religieuse.
Madame Adélaïde avait été, dit-on, un instant fort jolie ; mais jamais beauté n’avait disparu aussi rapidement que la sienne. D’un orgueil sans limites, elle s’était créé un intérieur qui dépassait en richesse tout ce que le château de Versailles pouvait offrir de plus luxueux, et s’y tenait enfermée dans les froideurs de l’étiquette et dans le culte du rang où la Providence l’avait placée.
Le salon de Madame Adélaïde est l’une des salles les plus richement décorées des petits appartements. Tout est sculpté et doré, et d’un goût exquis, cheminée, lambris, portes, volets, cadres de glaces, voussures du plafond, et il est bien regrettable de ne pas connaître avec certitude le nom du grand artiste à qui l’on doit ce chef-d’œuvre. On peut cependant, sans risquer trop de se tromper, l’attribuer à Verberckt. Les motifs des sculptures des lambris sont des instruments de musique, ce qui permet de croire que c'était le salon de musique de Madame Adélaïde, qui se plaisait à jouer du violoncelle. (Dussieux, Histoire du Château de Versailles).
Beaucoup de volumes sur lesquels a été frappé le losange fleurdelisé de Madame Adélaïde, ont été introduits dans cette belle collection, qui ne renferme pas moins de 1 370 articles.
La bibliothèque de Versailles en a recueilli le plus grand nombre, et montre avec orgueil les Vies des Saints des déserts, d’Arnauld d’Andilly, en 2 volumes in-4, reliés par Duseuil en mar. rouge doublé de mar. rouge ; un Tite-Live, des Elzéviers, également relié par Duseuil ; les Œuvres de Bacon, en grand papier ; un superbe Molière, avec les figures de Boucher, dans une excellente reliure, et une Carte de France du plus haut intérêt, dressée par Robert de Hesseln. D’autres volumes, remarquables à divers titres, sont répandus dans les collections particulières. Mais aucun de ces volumes n’est répertorié avec la mention « Madame Adélaïde » frappée en lettres d’or sur le plat supérieur.
Ainsi sur les 173 œuvres décrites parQuentin-Bauchart aucun volume ne porte cette mention intime et rarissime conférant à cet exemplaire une saveur historique et royale toute particulière.
