Epigrammatum Libri XV
Précieux volume présentant les Épigrammes de Martial (50-104) somptueusement relié en 1607 pour la reine Marie de Médicis.
In-4, plein maroquin citron, plats entièrement ornés d’une large roulette dorée en encadrement enserrant un semé de fleurs de lys, armoiries de la reine Marie de Médicis au centre et chiffre couronné de la reine répété aux angles, dos lisse finement fleurdelysé orné du chiffre couronné de la reine répété cinq fois, coupes décorées, tranches dorées. Reliure de l’époque de l’Atelier de Clovis Ève réalisée pour la reine Marie de Médicis.
228 x 165 mm.
Martial, Marcus Valerius (50-104). Epigrammatum Libri XV. Laurentii Ramirez de Prado Hispani, Novis commentariis illustrati.
Paris, Michel Sonnius, 1607.
Précieuse édition parisienne desÉpigrammesdeMartial donnée en 1607 parMichel Sonnius comprenant quinze livres et près de 1 200 épigrammes.
En 80, lorsque Titus inaugura l’amphithéâtre Flavien, Martial dédia à ce prince un livre d’épigrammes Les Spectacles [De spectaculis], le dernier du recueil. En 84 parut une nouvelle guirlande d’épigrammes inspirées par les Saturnales, Xénia et Apophoreta, qui constituent les treizième et quatorzième livres du recueil. Entre les années 86 et 96 furent publiés les onze premiers livres d’épigrammes. En 96, Domitien mourait : pour aduler Nerva, son successeur, à qui ne pouvait plaire le onzième livre trop lascif, Martial publia en l’année 102 le douzième livre, le dernier dans l’ordre chronologique. Peu après, il mourait à son tour. Poète indigent, mendiant et fainéant, mais observateur de la vie, ses Épigrammes lui permettaient de demander à ses maîtres des subventions pour ne pas mourir de faim. Il aimait les maisons princières qu’il fréquentait, mais se déclarait ignorant des règles du savoir-vivre, faisait semblant d’oublier les façons du beau monde, et se proclamait volontiers grossier et rustre. Il ne connut pas le charme du beau sexe et n’aima que des courtisanes ; il ne s’en vantait d’ailleurs pas, mais au contraire s’en plaignait : cela ne favorisait pas son art. Admirateur de Virgile, il sentait que le souffle épique ne devait pas être confondu avec les ridicules imitations et les vains exercices de style. Il n’aimait pas les poètes anciens et leur préférait ceux de l’époque d’Auguste, qu’il estimait plus vivants et plus humains. Un humour triste, une mélancolie romantique, le goût de la plaisanterie et de la caricature, telles sont les caractéristiques de son art. Comme Diogène, il part avidement à la recherche d’authentiques créatures humaines, et il ne trouve que des êtres misérables et vils : le vaniteux, le voleur, le coquin, le débauché. On l’accuse d’avoir été un poète courtisant, adulateur successivement de Titus, de Domitien et de Nerva. Mais d’un autre côté, il n’a jamais cherché à s’ériger en juge de son prochain et il ne s’est pas estimé exempt de fautes. Pour lui, le rôle du satirique n’est pas de corriger les mœurs ni de prêcher la morale ; il ne demande pas autre chose de la société de son temps que de lui fournir des sujets inépuisables de rire et de plaisanter. Le parasite des tables princières fait déjà penser aux bouffons.
Précieuse reliure exécutée vers 1607 par l’atelier de Clovis Ève pour la Reine Marie de Médicis dont elle porte les armoiries, avec la cordelière de veuve, et le chiffre entrelacé et couronné de la Reine, M.
Raphaël Esmérian (Bibliothèque Raphaël Esmérian ; Deuxième partie. Paris, 8 décembre 1972, n° 49 et 50) n’avait pu se procurer que deux volumes se rapprochant du nôtre orné du chiffre et des armoiries de la reine ; ils furent vendus, il y a 45 ans, respectivement 43 000 F (environ 7 000 €) et 120 000 F (environ 18 000 €), prix considérable pour l’époque. Un livre de bibliophilie se négociait alors à compter de 65 F, soit 10 €.
Une reliure de ce type recouvrant le deuxième et dernier volume dépareillé de l’histoire des chevaliers de Jérusalem, constituait l’une des pièces maîtresses du fameux catalogue de la librairie Belin. Paris, 1912, consacré aux « Livres avec Riches Reliures historiques des xviè, xviiè et xviiiè siècles ». Décrit sous le n° 18, il était alors vendu au prix considérable de 4 000 F Or. L’on trouvait à cette époque des livres de bibliophilie à compter de 10 F Or et le célèbre catalogue Belin présentait des livres d’exception à compter de 300 F Or.
Marie de Médicis, fille aînée de François Ier, grand-duc de Toscane, et de Jeanne archiduchesse d’Autriche, naquit à Florence le 26 avril 1575 ; elle devint la seconde femme d’Henri IV, qu’elle épousa par procuration à Florence el 5 octobre 1600 et qu’elle rejoignit à Lyon le 9 décembre suivant ; très attachée au parti espagnol et à la Ligue, elle fit rétablir les Jésuites, sans se mêler précisément des affaires publiques. Marie de Médicis ne fut sacrée reine que le 13 mai 1610, à Saint-Denis ; le lendemain, Henri IV était assassiné, et la reine proclamée régente le surlendemain 15 mai.
Comme tous les membres de sa famille, Marie de Médicis protégea les artistes ; elle fit construire le palais du Luxembourg et créer le cours-la-reine ; elle aimait aussi les lettres et les livres dont beaucoup furent reliés par le dernier des Ève, par Ruette et par Henri le Duc.
Précieux exemplaire provenant des bibliothèques Marie de Médicis, Bordes de Fortage ; Belin (1936) et Maurice Burrus avec ex-libris.
